12.19.2024

Rendre compte du flou

#40


Rendre compte du flou
des égarements du bâtiment paquebot 
au lac Long au lac Chien au lac Penchant
dans la baie Courante
ma propre image mêlée d'eau
comme un long rêve plein de couleurs
et la crainte de bouger
de peur qu’un seul geste épuise 
les métamorphoses

Quelqu'un dit, elle dort ou quoi ?


Centon issu du florilège des ( ) de jour, => http://vg-dejour.blogspot.com


 

3.27.2024

Penser l'en cours, les chantiers ouverts


 
Penser l’en cours, les chantiers ouverts, ce qui travaille. Les Lignes mouvantes des centons permettent de faire advenir quelque chose qui m’appartient, mais comme par détournement d’une expression de soi directe, frontale, dont par ailleurs je me désintéresse. Rapprochant plutôt l’écriture d'une appropriation de ce qui est autre, d'un détour, d'un mouvement vers l'extérieur. Mais également d’une certaine parole de l’inconscient ou peut-être d’un sous-conscient, quelque chose qui échappe et se transforme pour apparaître, brûlant comme cela serait, sinon (comme cela est en réalité) d’écrire. Dans le texte Recours à la nuit, c’est entre les paragraphes que cela se joue, par associations de sens, récurrences de motifs, sauts d’une forme dans une autre. La coupe et l’agencement permettent de faire des liens à distance, de produire des effets d'échos et de résonances. Récit par fragments non pas numérotés mais titrés. L’échafaudage sera délicat mais je crois pourtant avoir trouvé quelque chose dans lequel je me sens libre de dévider plusieurs fils à la fois. Le reste du temps, je suis fatiguée, entre chaque déplacement, de me rassoir derrière le bureau, comme devant tout ce qui est “à faire”. Et m'insurge. L'atelier n'est pas un bureau. Je déplace la table haute sous la fenêtre pour dessiner debout des petites pelotes noires, qui deviennent des espaces, qui deviennent des nuits, humeurs, nuées, cocons. Choses à emballer. Lignes à emmêler. Elles recouvrent je ne sais quelle noirceur plus profonde.

3.03.2024

Le tissu, la valise, le seau

#21

Le tissu, la valise, le seau, l’herbe 
le couteau dans l’herbe
le fil du couteau au-dessus du ruisseau à sec 
où claquent les fruits tombés de l’arbre
loi de l’illusion, les rêves 
font des bruits de fond 
des bruits de fleuve

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2.27.2024

Tout un mois de janvier


Tout un mois de janvier à Dunkerque pour plonger dans l’écriture, dans la grande chambre d'écriture où la lumière glisse d’une fenêtre à l’autre, où nuit et jour, sommeil et rêves peuvent se mêler mieux, emplir le même volume. C'est une chambre comme une page. Elle m'engage dans le récit du jour quand il fuit et quand il revient, de ce qui se passe dans cet entre-temps. Elle m'engage dans d'autres quelques rêves. celui-ci : nous visitons une grande maison circulaire en construction où seule une petite chambre est parfaitement finie, et précieuse. Je l'associe au texte en chantier. Ou encore celui-ci : je suis dans une grotte comme dans une cachette, tapie dans un repli étroit avec vue sur la campagne en contrebas. Rêves d’habitation, au sens plein d'habiter, c'est-à-dire de se laisser atteindre par ce qui nous entoure. En résidence, une part du travail consiste justement à cela : se laisser atteindre. Il me semble que c'est pour cette dé-familiarisation que je pars. Un dépaysement que j’exerce d’abord sur moi-même, devenant cette personne poreuse, un peu flottante, allégée du quotidien, lestée par un désir d’écriture. Les derniers soirs sont venus des rêves de portes battantes et de courants d’air. Franchissements moins agréables. Il était temps de rentrer. Je ne pouvais plus ajourner ce moment médical que je repoussais, à l'issue duquel, dans la "salle de réveil" consécutive à l'anesthésie générale, je me revois tapotant sur mes paupières, d’un index puis de l’autre, comme sur un clavier. Et tandis qu'une voix me demandait ce que je faisait avec mes yeux, je m'entendais répondre : "j’écris, je prends des notes".


2.25.2024

Vois quand la rivière s’avance ainsi

 #22

Vois quand la rivière s’avance ainsi 
et s’agite — les enfants se mettent à vibrer 
comme traversés eux-mêmes 
de courants
confluent de courants
on ne peut plus ouvrir sa fenêtre 
sans avoir envie de pleurer

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2.15.2024

Chaque fois que je m’éloigne

 #23

Chaque fois que je m’éloigne
je me souviens que tout bouge
nage fuit se défait se recompose 
dans une lumière dorée
la terre
    nuée
    théâtre d’eau
    chambre d’écho du ciel 
sous mes pieds, la terre
n’a plus rien de terrestre

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2.10.2024

Cruauté le soleil

 #26

(en route) 

Cruauté le soleil
des minutes de
cendres sur la
langue
face contre
terre calcinée
voix rugueuses 
qui se plaignent
des bruits
du feu
de tous les désastres 
ce dégoût déjà 
est une fin sans 
fin, une sorte 
de fuite

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