3.10.2014

le rêve et le document #2



Jour 6
Marche incomparable avec nos déplacements sur le Continent Connu.
Air portant, grande légèreté. Aucune sensation de fatigue.
Ramassé quelques pierres de sable, pour étude - en forme, d’os, d’oiseau, de figurine.


collage : Mathilde Roux (détail)

3.06.2014

Il faudra recommencer. Avec un on, un nous. Nouer - Nolwenn Euzen


Il faudra recommencer. Avec un on, un nous. Nouer.
Apprendre les nœuds, les attaches.
On verra bien par où attraper la lumière, comment tourner autour.
Avec les planches qu'on a encore entre les bras, les bastaings, les chambranles.
Est-ce qu'on peut laisser le dessous dessous pour cette fois ?
Est-ce qu'on peut se passer d'aller creuser dans les mémoires, les vestiges ?
Juste, installer des planchers flottants et puis tendre des fils. Et tirer un rideau.
S'asseoir.

En écoutant n'écoutant pas la mer.

En regardant ne voyant pas les gens qui sont devant.

Est-ce que c'est de la danse, est-ce que c'est du théâtre ?


Il s'agissait de reconstruire la ville détruite.


Tu continues ce geste d'attache.

Comme sur la pierre la mousse. Patiemment. Le lieu fait irruption.

Terre-plein, un rond-point, un carrefour.

Un endroit où.
Se mouvoir et s'émouvoir sont une même chose.

La ville aussi est un protagoniste.


Une ville temps sans raison.


On y œuvre par le milieu.


Une ville temps sans raison.


On y œuvre par le milieu.


Ce qui nous reste

Des rires à enregistrer. Une lecture de (la) nuit. Des villes à détourner. Un recommandé avec accusé de réception non retiré. Des connexions sans filet. Des peurs à faire mijoter à feu doux. Les autres sur qui s'appuyer. Nos respirations. Vos messages sous la ville. Nos bouilles, nos brouilles, nos débrouilles. Les je-nous. Les îles et les ailes.

Un texte continue peut importe lequel, son poids sur chaque syllabe. Est-ce qu'il faut ouvrir ses voyelles, recueillir les consonnes ? Ici des milliers de petits textes, une pluie. Quelques gouttes dans le cou, un filet le long de la colonne.

On ne sait pas si la phrase ira au bout de nous.

Un son à l'intérieur. Tu entends " Tu es comme ma maison. Pourtant les maisons j'aime pas tellement." C'est au cinéma. Un plancher flottant. Et comme une ritournelle " une ville temps sans raison.

On y œuvre par le milieu"

Tu glisses entre.


Des rires à enregistrer. Une lecture de (la) nuit. Des villes à détourner. Des connexions sans filet. Des peurs à faire mijoter à feu doux. Les autres sur qui s'appuyer. Nos respirations. Vos messages sous la ville. Les je-nous. Les îles et les ailes.


Les îles et les aîles. Les pays chauds, ou simplement tes pays tendres. Tes pays pleins de i on ne sait plus d'où vient cette joie. Les îles et les aîles rien ne définit plus.  Les je, les nous, plancher flottant. Un endroit où.


Et tirer un rideau. S'assoir.


Un texte, peut importe lequel pourvu qu'on s'y attache.

"On verra bien par où attraper la lumière, comment tourner autour. "
Est-ce que c'est de la danse ?
Avec les planches qu'on a encore entre les bras, les bastaings, les chambranles.
Nos respirations.

De la voix passée avec. Plus grand chose d'autre qu'écoute. Silence. Un endroit où. 


Tu continues ce geste.

Avec les planches qu'on a encore entre les bras, les bastaings, les chambranles.
Avec un on, un nous. Nouer.
On verra bien.
En regardant ne voyant pas les gens qui sont devant.
En écoutant n'écoutant pas la mer.



















Nolwenn Euzen - mars 2014


Pour ce Vase Communicant de mars, nous avons décidé de nous inspirer chacune du blog de l'autre. J'ai plongé dans la Grande Menuiserie de Nolwenn Euzen, lu et écouté ses mots, ses images. C'est toute une fabrique, avec croquis, carnets, raccords et plans. Une fabrique d'écriture foisonnante. Beaucoup aimé ses Happening(s) et ses Dialogues des Latitudes, cette façon de s'adresser à l'autre, des Tu très beaux. "Sitôt que tu poses un mot dans sa douceur tranquille, tu le rattrapes pour qu’il t’appartienne un peu".
/ Mon texte là-bas
Et ici :

"Something is happening", vases avec Nolwen Euzen, mars 2014

Something is happening
On prend ça pour une expérience
On prend ça pour de l’écriture
On donne ça
Est ce que tu comprends ?
Something is happening, alors là
but you don’t know what it is
Et pourtant tu comprends
La part de moi subite qui se met en mouvement sans contrôle
Une autre la rattrape lentement
Tu comprends qu’il faut une certaine dose de silence, un creux bien installé
Il faut une retraite qui soit de tous les jours
Il faut passer l’ennui, passer l’envie, passer tout ce qui passe
Garder le reste - c’est de l’après qu’il faut
On fait avec les rêves aussi, avec tout ce qui nous tombe sous la main
(elle fait un pas et hop) (disparue dans l’eau) (je me précipite pour la repêcher)
(c’est sûrement trop tard) je me réveille
On se réveille et on garde bien l’obscurité à l’intérieur de soi
Et on garde bien l’inexpliqué
On fait avec les forêts aussi
À Paimpont, une semaine, on a marché dans la forêt, des jours sombres, la nuit on en rêvait
C’était il y a 20 ans peut être
On fait avec tout ce qui nous tombe sous la main
Quand je dis on, c’est l’on du corps, celui de l’expérience commune
C’est très concret
On garde ça à l’intérieur de soi, pour après
Après le rêve, après l’après, à l’aube
À l’aube donc, on entre dans sa petite menuiserie, au milieu de la forêt
On entre dans ce qu’on a commencé à poncer la veille
On passe le bras sur les copeaux
On s’en met partout
Dans la lumière maigre (on n’allume pas) on s’attache, on s’attelle
On abat, on absorbe, on gaspille, on consume, on crève, on dépense, on dilapide, on fatigue, on vide, on épuise
Dans sa petite menuiserie, on travaille à épuiser quelque chose en soi
On cherche un endroit où aller depuis toujours, tu comprends ?
Depuis toujours on cherche un endroit où aller et puis on ouvre cette porte
Il y a des bois de cerfs et un bloc de sable qui tient debout
Résistance du talus, consolation des grands espaces
Something is happening, oh, presque rien
Un horizon pour border mon cœur
une consolation
(elle prend sa main)
On recommence toujours tout
On accumule les brouillons – comprenne qui pourra — les brouillons, les ratures, les gageures
On croit fermement que c’est ainsi que quelque chose viendra (si quelque chose doit venir)
Arrivera (si quelque chose peut arriver)
Happen, Happening
Tiendra, un instant dans l’instant, dessaisi
Tu aspires un filet d’air pour réussir à t’immobiliser
Tu comprends
Et tu ne bouges pas
Merci, pour cette immobilité.

VG

3.04.2014

le rêve et le document #1




Territoire Un - 1er Jour
Notre point de départ. Parcouru quelques rues. Maisons basses. Rares autochtones. Leurs vêtements, couleur sable ou papier, se fondent dans le paysage. S’il n’y avait partout cette poussière, on croirait une banquise. Or c’est un banc de sable sédimenté, solide. Vent nul, érosion infime. 

collage : Mathilde Roux (détail)

2.11.2014

La maison est circulaire


La maison est circulaire quand tout va bien. 
À mon passage les objets prennent une patine, s'ajustent, se répondent. Des tours pour rien, pour une rêverie. Parfois une lumière traverse rapidement un mur. Je prends ça pour la tentative de quelque chose à communiquer.



Il y a comme une porte à pousser, je cherche l'entrée quelque part.

(on croit que c'est impossible et pourtant ça s'ouvre) 
On se retrouve perché sur la colline à l'intérieur de soi. 
où tout se rejoint
les marques, les empreintes
chaque chose, quand on appuie dessus, rend un son creux qui dit, oui
— pas une affirmation mais un accord tacite


2.07.2014

La voie (n') est (pas) libre - Christophe Grossi



Ce qui reste.

La ligne médiane à digérer. Les morsures sous le col roulé. La terre sous les pieds à retourner. La bascule du souffle à trouver. Le corps des uns sous le corps des autres. Des visages à déflouter. Des noms à peler. Des marques sur la toise. Une bouteille de vin Jaune et des noix. Des cordes vocales à gratter. Une pose face-profil radiographiée chaque année. Du beurre dans le frigidaire. Des textes sous intraveineuse. La pause méridienne à troquer. Des voies à désencombrer.

Ce qui reste devant.

Les pieds dans le tapis. Le vertical corseté. Nos corps filous, flous, fous. Des crédits à rembourrer. Des dates de péremption à repérer chaque samedi. Un Oremus Tokaji Aszú 6 Puttonyos, de 1972. Vos messages sur répondeur. Les cheveux sur la langue. L'iode capturée par l'écran 27 pouces. La langue de nos ancêtres à sucer. Notre enfance dans les gestes de nos enfants. Les vitres de nos vies parallèles à nettoyer. L'heure du jour où l'on oubliera de se déshabiller. Les ciseaux du décor. L’araignée dans le ciment. Du ciment sous les plaines. Des miettes de tabac d'origine colombienne. La lampe-monde qui éclaire l'appartement d'en face. Les phrases apprises par cœur. Nos identifiants et nos mots de passe à renouveler.

Ce qui nous reste.

Le mensonge des sirènes. Nos souvenirs inventés plus vrais que nature : un héritage. Des rires à enregistrer. Une lecture de (la) nuit. Des villes à détourner. Un recommandé avec accusé de réception non retiré. Des connexions sans filet. Des peurs à faire mijoter à feu doux. Les autres sur qui s'appuyer. La clé de la corderie. Des corps qui se jettent sur la trappe. Du varech en infusion. Nos respirations. Vos messages sous la ville. Nos bouilles, nos brouilles, nos débrouilles. Les guerres intestinales, viscérales, indigestes, dans les canalisations. Les je-nous. Les tu-tu. Les nous-nous. Les îles et les ailes. Des voix.

Devant soi. La voie (n') est (pas) libre.
Ça dépend des fois.


Texte & photo : Christophe Grossi.


L'inventaire de Christophe Grossi aujourd'hui, c'est écrire mot à mot ce qui (nous) reste, écrire contre l'illusion que l'on peut tout recommencer. La voie est-elle libre ? C'est ce que nous avons imaginé à partir du festival qui a lieu chaque année à Montreuil. J'ai tenté de mon côté une utopie, mais si, comme le laisse entendre Christophe, la voie n'est pas libre, c'est heureux. Il y aura toujours cette fichue corderie, ces liens qui nous attachent. Les je-je. Les tu-tu. Et le mensonge des sirènes. Je trouve son texte très beau. Et très juste.
Vous convie à lire plus, sur son blog Déboîtements, une écriture très près du corps, des corps dont il est question, le sien et celui des autres, et l'espace dans lequel nous nous mouvons ensemble, toujours proches et toujours séparés. Et, sur Publie.net, son livre, "Va t'en, va t'en, c'est mieux pour tout le monde", grand plaisir de le relire pour l'occasion. Tu peux bien "redevenir ce voyageur sans commerce et laisser reposer la pâte près du poêle", les choses sont dites, elles sont là.

Mon texte chez lui http://www.deboitements.net/spip.php?article597

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l'initiative d'un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… "Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre". Un grand merci renouvelé à Brigitte Celerier qui assure le Rendez-vous des Vases. Et fait une longue lecture chez elle, sur Paumée.







2.04.2014

À paraître

"Les yeux fermés, les yeux ouverts" 
sortira fin mars 2014 aux éditions du Chemin de Fer, avec des photographies de Francesca Woodman.





2.03.2014

Sortir et lever les yeux une seule fois

Texte écrit pour Brigitte Célérier, lors de notre Vase Communicant de Janvier 2014.
Je le reprends ici parce qu'il me semble nécessaire dans le Carnet des Départs. Il ne lui en est pas moins dédié.

Sortir et lever les yeux une seule fois, pour le ciel.
Sortir pour marchécrire mais garder les yeux vers le bas. Il y a des jours où je n’arrive pas à regarder devant moi. Voir quoi ? Marchécrire, est-ce que ça peut être sentir plutôt que voir, autour de soi, autre chose ? Cette pierre par exemple, qui fut roc, en bordure du trottoir. Je marche dessus comme sur une veine rocheuse, en pensant au magma. La présence tellurique du granit. La maison à visiter le 27, au-dessus de la mer, où il y a cette dureté des côtes brûlées par le vent, qui me fait tant aimer les falaises comme les landes, les montagnes. Les herbes rases, les roches affleurantes. La terre meuble appuyée sur la pierre toute proche. Georges Perros qui adopta pour terre une pointe. Un bout, au bout duquel il n’y a plus qu’à se taire, à bien choisir ses mots. J’ai sur mon bureau un des Papier Collés pour me rappeler cette exigence. « Pour qu’un penseur soit intéressant, il faut qu’il ne puisse pas penser jusqu’au bout. Car il n’y a pas de bout. Il y a un charme ». Il y a du Finistère dans les pensées de Georges Perros. À ce départ, cette mise en mouvement du marchécrire, où vais-je moi-même arriver, y a t-il une buttée, un rivage ? 



Sortir et lever les yeux une deuxième fois, pour un mur.
Ses agrafes tout du long réparent les brèches, racontent, ce qu’il faut contenir. Que rien, surtout ne vienne à déborder, qu'il tienne debout, ce mur, retienne, telle quantité de terre, de corps et d’os. En sortant du métro j’ai traversé le square qui longe le cimetière. Vu les sacs sous les bancs, les paquets, les couvertures emballées pour la journée. Vu dans un mur des visages, quelques mots de Victor Hugo. S’ils sont gravés sur les vraies pierres du vrai mur des Fédérés, qui maintenant sait ? « Ce que nous demandons à l’avenir… » peut-être de ne pas nous raconter la suite. Un peu remuée, désorientée, je sors du cimetière, à deux pas de mon rendez-vous, place Gambetta, je me perds.


Sortir une troisième fois, avec un secret, voir différemment. 
Une chose à emporter pour le marchécrire. Mon titre, « Les yeux fermés, les yeux ouverts », je fais sonner cette phrase sur le trajet du retour. Je repasse, forcément, par les mêmes cases, les mêmes trous, les mêmes empreintes dans le même sol. Pavés, parpaings, grilles. Mes pas, comme des pierres posées les unes à côté des autres, pour faire une marche. Voir quoi ? Sur le trottoir mouillé des allers, des retours, nos traces dans les deux sens, les lignes des roues des vélos. On devine notre trajectoire, on mesure notre nombre. C’est comme un dessin sur une feuille de papier. Des signes répétés afin d’user l’image, de ne garder que le passage. Traces, une sorte de géographie. Quand je dessine ce ne sont plus mes pas, c’est ma main, c’est mon bras, mon épaule qui refait le trajet. Dessins qui ne sont pas des cartes pour s’y retrouver, au contraire, moi je cherche à me perdre. Fondre dans le paysage, plonger, un plongeon — c’est Boutès qui revient. Effacer entre moi et ça cette distance, la décision même. Marcher dans la myopie du présent.


Sortir en baissant les yeux, regarder au-dedans. 
Tout s’arrange. Je tiens un drôle de journal dans lequel j’écris quelques fois. C’est un journal arythmique, que j’oublie entre temps. Il contient des notes de travail, des choses toutes simples, projets qu’il faut fixer. Ainsi, le 22 octobre 2002, une phrase notée cet été : « Qu’est-ce que je fais là ? ». Je sais moi ce que contient cette phrase : l’incongruité du réel, l’ouverture d’un regard, une étrangeté première. Et je réalise qu’elle est devenue le thème, le motif, du livre à paraître. Dans le journal c’est le désordre du présent qui s’organise, trouve un sens. 11 ans depuis cette petite phrase, je joue à saute-mouton avec les années, vois, en feuilletant des pages, ce que l’on contient, ce que l’on retient en soi, afin qu’il tienne debout notre paysage. Telle quantité de terre, des corps, des os. Des choses mêlées et inconnues, difficiles à saisir, on dirait qu’elles s’arrangent sans moi.


Sortir ou partir vraiment.
Je quitte Paris, roule vers l’ouest, jusqu’au bout. Le 27 je visite la maison, à l’endroit, à l’envers, c’est beau, mais ça ne suffit pas. La route descend jusqu’à la mer que nous longeons le plus longtemps possible. J’ouvre ma fenêtre côté passager, cligne des yeux pour voir, diaphragme ouvert/fermé. Prends des photographies tout le long de la côte, de cette frange inouïe, sauvage. Le ciel a le gris des parpaings, des pavés. Il n’y a pas de bout, il y a un charme.