8.23.2013

En écoutant n'écoutant pas

























Il faudra recommencer. Avec un on, un nous. Nouer. 
Apprendre les nœuds, les attaches. 
On verra bien par où attraper la lumière, comment tourner autour. 
Avec les planches qu'on a encore entre les bras, les bastaings, les chambranles. 
Est-ce qu'on peut laisser le dessous dessous pour cette fois ?
Est-ce qu'on peut se passer d'aller creuser dans les mémoires, les vestiges ? 
Juste, installer des planchers flottants et puis tendre des fils. Et tirer un rideau. 
S'asseoir.


En écoutant n'écoutant pas la mer.
En regardant ne voyant pas les gens qui sont devant.

8.01.2013

Est-ce la mer qui est devant ?




Ils viennent du Kosovo, d'Afghanistan, d'Irak, d'Erythrée, d'Etiopie. 

Pour franchir le passage de Calais, ils viennent de Somalie ou d'Iran, patientent dans des taillis, des sous-bois. Des talus. Des parkings. Empruntent des chemins à couvert qu'ils appellent pistes, tracks, avec cette démarche silencieuse et lasse qu'ils ont en commun. 
Il faut beaucoup de patience. 
Dans l'exil tout rappelle l'attente.

Cette ville, elle a complètement dépassé ses limites. Elle s'est étendue en longues filoches. Pistes en écharpes enroulées sur elles-mêmes, cousues, déchirées. Loques. Lambeaux. Pistes distendues, où ils marchent comme derrière un rêve qu'ils repoussent plus loin. Longues pistes du rêve. Longues suites de pas les uns derrière les autres, avec des piétinements aux frontières. 
On est dans la forêt.
On bricole des échelles en bois dans la forêt.
La mer devant est fermée.
La barrière se poursuit jusque dans la mer.
On ne sait plus bien où l'on est, depuis combien de temps on est partis. On se rappelle d'où l'on vient. On vient chercher la vie qui est devant.

Qu'est ce qu'on trouve ? 
Entre les îles et le continent, dans les détroits, les passages, les canaux. Tout le long de la mer Méditerranée. S'il faut grimper. S'il faut sauter. S'il faut courir. S'il faut ramer.

Est-ce la mer qui est devant ? 

7.09.2013

Tu peux danser



















Le monorail de Wuppertal passe à 8 mètres au-dessus de la ville, 12 mètres au-dessus de la rivière. Tu as largement la place. Tu peux lever le bras en forme de crochet, d'arceau, y nouer l'air avec le ciel, le métro. 
Tu peux danser sur le terre-plein sous le Schwebebahn pendant que les voitures circulent autour de toi, freinent à peine, qu'on s'interroge.
La forêt aussi est un protagoniste. Elle veille sur les hauteurs. 
Tu danses, tu dis que tu es. 
Crier, aguicher, donner et reprendre, c'est cela être. 

Est-ce que c'est de la danse, est-ce que c'est du théâtre ?

Il s'agissait de reconstruire la ville détruite.

Tu continues ce geste d'attache. 
Comme sur la pierre la mousse. Patiemment. Le lieu fait irruption.

Terre-plein, un rond-point, un carrefour. 
Un endroit où. 
Se mouvoir et s'émouvoir sont une même chose.

La ville aussi est un protagoniste.




Photo extraite du film "Pina", de Wim Wenders

6.25.2013

Tout s'oppose, rien n'est séparable


Vous êtes assise dans le champ entre les immeubles. A même la terre. Vous avez dégagé une place, piétiné quelques herbes revêches autour de vous. C'est une installation temporaire, vous allez repartir. L'espace est vacant, il est inoccupé. Espace approximatif, mal déterminé, où se perdent les regards. Et il est vrai qu'autour de vous, ce sentiment quasi océanique ― les herbes oscillent comme des vagues en mouvement d'ensemble ― n'est arrêté que par des murs ou une façade d'immeuble, enfoncés dans la végétation profuse, printanière. Nous sommes le 929ème jour du voyage, à Narva(1), en Estonie, tout près de la frontière Russe. Une femme est assise dans les herbes, avec ses enfants, pour un pique-nique le temps d'un après midi.
Terrain vague.
Temps vacant.
Endroit privé de quelque chose qui par son manque nous fait gagner autre chose. 
Retrait plutôt que privation. Hors la dynamique urbaine d'habiter, de sécuriser, de produire. Un trou dans le présent productif. Etendue de promesses au milieu desquelles vous vous êtes amarrés.

C'est une ville, tout s'oppose, rien n'est séparable.

The urban order calls to the indefiniteness of the terrain vague(2)
L'ordre urbain lui-même appelle l'indéfinition du terrain vague.




(1) PHOTOS - Voyage d'Olivier Hodasava sur http://dreamlands-virtual-tour.blogspot.fr  vendredi 25 janvier 2013, 929ème jour. Merci à lui.

(2)"Terrain Vague" - Un texte d'Ignasi de Sola-Morales, architecte.


6.03.2013

Demain n'est pas la suite d'hier


A Berg C'hour* les bénitiers attirent le soleil dans leurs nacres sous les porches des basiliques. Remontés ruisselants du fond des mers, c'est l'avantage de la côte. Les murs ont la couleur d'ardoises effritées, gris-bleu nuit rongé comme seul fait le temps quand il s'allie aux choses du climat. Vent de l'ouest et tempêtes de mer. A Berg C'hour les mouettes font les poubelles pendant qu'air ronge les murs. Pour les mouettes tout le monde le sait, en est sûr. 
Je passe un jour ou deux sous une tente qui démultiplie le bruit de la pluie – à tout prendre et en guise d'eau j'aurais bien vu celle des vagues. Jusqu'à ce qu'un matin un éclat du soleil sur un carreau de camping-car rebondisse dans ma chambre d'hôtel. Rez de chaussée. Ouverture entre deux nuages. Berg C'hour s'éveille. Me tire une fois de plus vers la mer de laquelle il n'offre rien d'autre qu'une forêt de mâts. Promesse, ou tentative. J'écoute des cliquetis qui me rappellent ma préférence pour les ports. Y dormir plutôt que dans les coques des navires. Le chant des drisses à l'appui de la terre. A Berg C'hour le vent me déporte en arrière.
En arrivant je prends la photo d'une flaque de boue dans un nid de poule parfaitement circulaire.
En arrivant je fais le pépiement d'oiseau sur un parking en pensant à une gamine qui danse à Wuppertal. 
Ma légèreté est réellement borderline.
Une statue de Napoléon désigne l'endroit du doigt, va ! avec ta petite mallette d'outils bricoler quelque chose qui est plus grand que toi. Tant pis pour la promesse tardive des vagues, l'océan délié. J'ai la silhouette des yuccas en ligne de mire. Les pontons. La cité de la mer et l'exposition. 

Les garçons aux cailloux qui m'ont fait revenir en arrière, même si je me retourne, je ne les verrai pas. Berg C'hour ne sera plus jamais comme cette fois, un détour, ouverture entre deux nuages. Même si je me retourne. Puisque demain n'est pas la suite d'hier, tout le monde le sait ça, le sait bien.

5.25.2013

Générateur universel de fictions





















Contal*  Vides  Vauvy  Oupour  Bever  Bois  Ellan
C'est une ville, on s'endort quelque part.

Le ciel change de couleur et la nuit s'impatiente. Qu'un peu de jour, n'importe quoi, s'allume. 
Une entaille, une trace, un halo. Que quelque chose se pointe. 
Une lune. Quelque part un cri. Que ça aille plus vite. 
Qu'on se lève enfin. La lumière. Qu'on se lève.

Toute la nuit le rectangle d'une fenêtre palpitant dans la chambre.
Au matin la vitre coulissante, le cadre plus petit.
La poignée différente.
Les vibrations des camions dans la rue se sont tues.

Qu'on se lève, enfin, qu'on se lève.


C'est une ville, on s'endort quelque part. 
Nicasy  Lanles  Vimame  Aubône  Oilont  Rnent  Puynord
On se réveille ailleurs. Ne sachant pas. Au carreau. Ce qu'on va découvrir.


5.13.2013

Estampage




Quand ils viennent avec de grandes plaques qu'on appelle des pochoirs, imprimer sur les murs toutes sortes de plantes de la famille des lianes, lierres, ligneuses, grimpantes - feuilles de fougères en crosse - qu'ils répètent l'opération tout le long du boulevard, déplaçant aussi le pochoir du bas vers le haut afin que la plante croisse - quand le sol en devient le rhizome, qu'on marche ainsi dans l'arborescence, 
c'est le concept du jardin-jardin 
dans les murs.

C'est une ville, elle abrite une quantité de jardins