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1.20.2025

Je me demande si en rêve on peut chuter

#43

Je me demande si
en rêve on peut chuter
cogner contre le glacis 
de la terre.
Est-il possible de ressentir 
entièrement une douleur (la gravité) ?
De rencontrer un corps ? 
Est-ce qu’une main pesant sur une épaule 
façonne le poids d’un sac (un volume de charbon) ?
Ou quelqu’un que l’on tient en aveugle dans ses bras ? 
Est-ce qu’en rêve le noir qu’on touche remplit mieux nos mains ?
Combien je peine à chercher 
quotidiennement des formes 
des contours, réels, des matières.


1.14.2025

En rêve rien


#42

En rêve rien 
que la vie brute
le sang qui pulse
tout ce qu’on voit
les couleurs précipitées
les mensonges peints sur des panneaux
choses qui sont là émues et fraiches et que l’œil 
croit comprendre — ou bien 
on retrouve des amis 
pour dîner dans des salles basses
avec des étagères pleines de livres 
et de bocaux et les bras chargés
de boites d’œufs
et la solidité des maisons
et le goût persistant de ce qui est mangé 
Pendant tout ce temps : les rythmes, les scansions
des bruits d’objets qu’on déplace
des tonnes de souvenirs
s’assemblent facilement
pourvu qu’ils soient
battants et fragiles
et leur poids pesant 
comme une respiration 
un continent vieux : le pont du navire de la terre.


1.02.2025

Le dimanche nous avons coutume de sortir un à un les objets

 #41

Le dimanche nous avons coutume de sortir un à un les objets 
(les clefs, les cloches, les couteaux, les coquillages, les jarres, les hameçons…)
de poser nos regards dans l’épaisseur des choses
tandis que, dans les livres, chaque texte nous rappelle 
la grande prosodie, le mouvement de mer.

12.19.2024

Rendre compte du flou

#40


Rendre compte du flou
des égarements du bâtiment-paquebot 
au lac Long, au lac Chien, au lac Penchant
dans la baie Courante,
ma propre image mêlée d'eau
comme un long rêve plein de couleurs
et la crainte de bouger
de peur qu’un seul geste épuise 
les métamorphoses

Quelqu'un dit, elle dort ou quoi ?


 

3.03.2024

Le tissu, la valise, le seau

#21

Le tissu, la valise, le seau, l’herbe 
le couteau dans l’herbe
le fil du couteau au-dessus du ruisseau à sec 
où claquent les fruits tombés de l’arbre
loi de l’illusion, les rêves 
font des bruits de fond 
des bruits de fleuve.

2.25.2024

Vois quand la rivière s’avance ainsi

 #22

Vois, quand la rivière s’avance ainsi 
et s’agite, les enfants se mettent à vibrer 
comme traversés eux-mêmes de courants
Confluent de courants
on ne peut plus ouvrir sa fenêtre 
sans avoir envie de pleurer.

2.15.2024

Chaque fois que je m’éloigne

 #23

Chaque fois que je m’éloigne
je me souviens que tout bouge
nage, fuit, se défait, se recompose dans une lumière dorée
La terre : nuée, théâtre d’eau, 
chambre d’écho du ciel sous mes pieds
n’a plus rien de terrestre.


2.10.2024

Cruauté le soleil

 #26

(en route) 

Cruauté le soleil
des minutes de
cendres sur la
langue
face contre
terre calcinée
voix rugueuses 
qui se plaignent
des bruits
du feu
de tous les désastres 
ce dégoût déjà 
est une fin sans 
fin, une sorte 
de fuite.

4.17.2020

Par les épines denses

#13

Par les épines denses
par les tiges grotesques
par cette lumière qui change tout le temps
dans l’effort du vent
tout en haut d’une côte
je pourrais trouver un terrain d’entente 
avec moi-même.

=> une nouvelle série de ces "Lettres-océan" est à retrouver à bord du Pandémonium, une croisière d'écriture par temps de confinement organisé par le Master de Création Littéraire de l'université de Marseille AMU, Jean-Christophe Cavallin et Christine Marcandier.

4.10.2020

L’exploration physique

#12

L’exploration physique
la nécessité de sortir du périmètre délimité
d’atteindre un point de vue
un arbre isolé
un petit tertre
une guirlande d’algues
de tout prendre
en toute hâte
sur ses épaules.


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4.08.2020

Puis le jour, puis l’ombre, puis la nuit

#11

Puis le jour, puis l’ombre, puis la nuit
la nuit nous vérifions nos fondations avec des mots
je pose l’index sur les écrans striés 
(avec retenue) 
ceci n’est pas un rêve
je ne voudrais pas me tromper

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4.04.2020

Une forêt illusoire manque de feuillage

#10

Une forêt illusoire manque de feuillage
n’a ni lourdes branches
ni broussailles
pas de coyotes, ni peaux de bêtes — rien du tout
de sorte que je ne sais pas mettre un nom 
sur ce qui se tapit 
dans l’obscurité


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4.02.2020

Et donc, mon corps

#9

Et donc,
mon corps est l’endroit
où le voyage recommence
peau, traces de routes, doigts dans le soleil
torse au rebord d’une échelle
bouche au vent, sans voix
cheveux tempête 
appareillage !



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On entend des pierres

#8

On entend des pierres qui éclatent 
très vite
comme des gouttes d’eau
mais tout reste entre nous
on met un mouchoir sur les décombres
pourquoi tant de précautions ?

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3.27.2020

C'est un voyage à rebours

#7

C’est un voyage à rebours
on le commence ensemble
si nombreux
je prends ce moment-là

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Quelque fois une fenêtre

#6
 
Quelque fois une fenêtre / your window / qu’il suffit d’ouvrir 
pour qu’une fille en salopette passe avec son cheval brun
qu’une gamine apporte un crabe vivant

(les gens se poussent du coude)
(des doigts touchent d’autres doigts)

ou bien, de refermer / your window /
comme un petit couteau de cuisine 
afin que les gens
le ciel
ne soient plus dehors 
mais dedans


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3.25.2020

Tout le monde regarde

#5

Tout le monde regarde les portes matelassées
le nord géographique
un sextant
des blocs de glace
regarde la planète s’incurver

Une succession de bandes sans couleurs
(des promesses)
nous sautent au visage.
— on pourrait obtenir le monde mais vous retenez la bride


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3.24.2020

Cher, la verdure les parcs

#1

Cher,
la verdure
les parcs
les tunnels
le sol moquetté
la longueur des avenues
les bruits de conversation
se dérobent sous moi avec l’être que je ne fus jamais.
Si bien que je m’immobilise et pose ma tête sur la mousse et ferme les yeux à demi.

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3.23.2020

J’ai traversé le Doghing

#4

J’ai traversé le Doghing
passé le Haihai
franchi le Taihu
comme le poisson dans le courant de la rivière
tous les jours quantité de mouvements se pressaient à ma vue 
surtout des plus sauvages

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3.22.2020

Je ne m’accroche à rien

#2

Je ne m’accroche à rien de ce qui traverse la nuit
quelqu’un dort peut-être
quelqu’un pense à sauver sa peau 
quelqu’un demande, comment les gens d’ici gagnent-t-ils leur vie ?
ou, qu’y a-t-il au bout de ce magnifique canyon ?
je ne sais pas où nous allons, je ne pense pas l’avoir su 
et si nous n’allions pas quelque part, nous n’y allions pas
et voilà tout


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