1.20.2026

"Recours à la nuit" paraitra dans quelques jours

Recours à la nuit paraitra dans quelques jours. C'est un récit qui façonne à nouveau une totalité par fragments, qui travaille des motifs sous forme de constellations. J'y poursuis mon projet d'enquête poétique comme façon d'articuler une écriture de l'expérience et une forme poétique, en mêlant des modes discursifs, en investissant un espace à la fois géographique, politique et poétique. Ce texte donne également une large place aux paroles recueillies. Hâte de voir quels chemins de lectures il ouvrira. La semaine d'après nous aurons dans les mains le carnet de recherche et la carte sensible de « Territoires Communs ». Fin de plusieurs grands projets, de moments vécus, individuels et collectifs, qu’il sera heureux d’accompagner dans leurs derniers développements. L’automne a été très chargé. Les cours à Cergy commencent à s’espacer. Une tension s’apaise tout juste. Je dessine un peu mais ce sont des essais, des tâtonnements, ou le développement de séries en cours. J'aurais aimé travailler sur des grands formats, plonger dans un nouveau chantier, je n'en ai pas vraiment la force. Dessiner est un bon geste pour vider, forcer le ralentissement, désencombrer l’esprit de toutes les scories de choses à faire, à penser, à organiser, d'accumulations de tâches et de messages numériques, de post-it sur la table de travail. Besoin de me réapproprier mes jours, vider, déplier, dé-comprimer. Chère année 2026, je te rêve marches, lectures, contemplation, écoute et participation. Je te rêve pleine vie. Je ferme les yeux sur ce qui fait peser sur nous des tonnes de plomb et les ouvre sur ce qui est là, autour, ce que je peux toucher et considérer — une forme traversée par les bruissements du vivant depuis laquelle réouvrir un espace de désir, de pensée, d’écriture. Je viens de terminer de lire le très bel essai de Christine Marcandier sur l'écopoétique (PUV, 2025). Dans quelques mois, je serai à l’IMEC, à Caen, je mesure à quel point ces moments de résidence sont des cadeaux précieux.

 

5.29.2025

Rêvé que je traversais la ville de nuit



Rêvé que je traversais la ville de nuit. Des allers-retours dehors, avec la sensation d’être comme nue, d'où la nécessité de passer inaperçue, déplaçant des objets d’une maison à l’autre, mais libre, invisible, transparente. Joie de la perspective de la publication de Recours à la nuit aux éditions Nous courant 2026. Ici je peux souffler. Je remplis l'attente. Je persiste dans mes œuvres au noir. J'emballe et recouvre des pierres avec du fil noir. C’est un travail lent mais sans commune mesure avec le temps géologique dont il semble toujours que je cherche un équivalent. Pierres prises dans un fourreau, un écrin, une gaine. Pierres plus ou moins lourdes dans le creux de la main. Comme si seul le geste de coudre, ou celui de soupeser, comptaient. Coudre, est-ce un geste d'attente ? J'attends le moment où je vais pressentir un nouveau chantier d'écriture. L'attente est un ressac, je ne suis pas pressée, je prends des forces. J’arrive au bout d'une soixantaine de Lettres-océan. Il y a dans ces poèmes une tension particulière entre le terrestre et le maritime, entre l'idée de la racine et celle du flux. "Juste mesure est la distance qui se déplace lentement", ai-je écris dans le poème 58. Dans le livre dirigé par Barbara Formis, Gestes à l’œuvre (2008), Georges Didi-Huberman note : « La terre se meut sous les pas du danseur parce que les racines errent, parce que la profondeur n’est ni un site ni un trésor, mais un mouvement. » Il poursuit : « Je pense à Nijinski, bien sûr. » Il y a, derrière le bureau, tout près de mon épaule gauche, une photo de Nijinski en faune, assis sur un talon, les deux mains pointées vers le sol. Je pensais déjà à lui en écrivant le danseur de Ni enfant ni rossignol, c'est une image qui ne m’a pas quittée depuis 20 ans et que j’ai transportée, déplacée, d’une maison à l’autre


1.24.2025

En ce moment j'écris des lettres-océan


En ce moment j'écris des lettres-océan, j'envoie des bouteilles à la mer. Cette suite de centons commencée il y a plusieurs années, je l'ai régulièrement mise en retrait pour accueillir d'autres projets d’écriture. Lâcher, oublier, ne pas user. En réalité je crois que la poésie, pour moi, c'est cela : ce qui traverse le temps. Une durée. Ni une expression, ni un chant, ni même un cri, mais une matière à habiter. Une façon d’échafauder quelque chose en laissant du jeu entre les morceaux. Des poignées, des ouvertures, la trame des jours. Une habitation dont la précarité, paradoxalement, serait un gage de fiabilité La poésie doit tenir. Mais elle doit tenir en ayant toujours l'air de commencer, de se recommencer. Elle doit savoir marcher sur un fil. Et si le monde change, continuer d'en découdre, affiner sa tension, poursuivre son mouvement d’équilibre. Son inactualité me rassure. Tout de même, pour ne pas perdre ce fil, au bout du bout des pages, j’ai fixé deux mots en italiques, flottement et adresse. Deux mots pour retenir l’idée d’une conversation par-delà un vide, un espace à traverser, une absence de terre. Ni poèmes pour combler la distance. Ni poèmes pour s'ancrer. Mais pour faire de cette distance irréductible une forme d'approche. Pour faire de ce mouvement, une façon de demeurer. Deux mots, comme un très petit mémo. Je ne sais si ça aide.


1.20.2025

Je me demande si en rêve on peut chuter

#43

Je me demande si
en rêve on peut chuter
cogner contre le glacis 
de la terre, est-il possible de ressentir 
entièrement une douleur — la gravité
de rencontrer un corps ? 
est-ce qu’une main pesant 
sur une épaule façonne 
le poids d’un sac (un volume de charbon) ?
Ou quelqu’un que l’on tient (en aveugle)
dans ses bras ? est-ce qu’en rêve le noir 
qu’on touche remplit mieux nos mains ?
combien je peine à chercher 
quotidiennement des formes 
des contours, un touché.

Centon issu du florilège des ( ) de jour, => http://vg-dejour.blogspot.com

1.14.2025

En rêve rien


#42

En rêve rien 
que la vie brute
le sang qui pulse
tout ce qu’on voit
les couleurs précipitées
les mensonges peints 
sur des panneaux, choses qui sont là
émues et fraiches et que l’œil 
croit comprendre — ou bien 
on retrouve des amis 
pour dîner dans des salles basses
avec des étagères pleines de livres 
et de bocaux et les bras chargés
de boites d’œufs
et la solidité des maisons
et le goût persistant de ce qui est mangé 
Pendant tout ce temps : les rythmes les scansions
des bruits d’objets qu’on déplace
des tonnes de souvenirs
s’assemblent facilement
pourvu qu’ils soient
battants et fragiles
et leur poids pesant 
comme une respiration 
un continent vieux
le pont du navire de la terre

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1.07.2025

Je voudrais continuer de fréquenter la nuit de près



Je voudrais continuer de fréquenter la nuit de près. Dessiner dans le noir, restée plongée dans le temps du noir. Car le noir sur la feuille est d'abord la marque d'un temps multiplié, un temps qui fabrique, trait après trait, une autre image du dehors, un presque illisible, un inaperçu. Je voudrais rester liée aux nuits du dehors dans lesquelles m'a plongé le projet d’écriture. Deux années ont noué ce fil secret que j'espère ne pas trop distendre. Rester encore un peu là où je suis allée chercher, par l'écriture, des nuits anciennes, des nuits présentes, de possibles nuits futures. Tentant d'organiser cette décroissance de lumière avant de rassembler les pages et d'envoyer le texte, d'attendre. J'attends. Me priant de ne pas remplir ce vide, même s’il est déroutant, lancinant. Ne pas remplir ce vide, garder l’espace intact au-dedans. Pour cela, dessiner, car dessiner c'est tracer quelque chose depuis ce délaissement.



1.02.2025

Le dimanche nous avons coutume de sortir un à un les objets

 #41

Le dimanche nous avons coutume 
de sortir un à un les objets (les clefs 
les cloches les couteaux les coquillages
les jarres les hameçons…)
de poser nos regards 
dans l’épaisseur des choses
tandis que dans les livres 
chaque texte nous rappelle 
la grande prosodie
le mouvement de mer

Centon issu du florilège des ( ) de jour, => http://vg-dejour.blogspot.com