2.15.2017

rc/ théorie et création, ce qui s'articule et comment (pour l'instant)




Commencer par poser ici quelques phrases de Lionel Ruffel, issues de "Brouhaha", qui esquisseraient une méthodologie pour l'écriture de la partie théorique :


"L’enjeu est de penser et d’écrire sur le contemporain sans reproduire des modes herméneutiques (linéarité, successivité, séquentialité) que le contemporain met en crise. 

Que puis-je en tant que théoricien de la littérature ?  M’intéresser aux rebuts, aux déchets, aux restes, à la surface des choses. Avoir une approche matérialiste de l’histoire littéraire et de ses objets. Renoncer à la continuité historique, favoriser les effets de discontinuité, les connections intempestives, pratiquer la connaissance par le montage. Être au plus près du surgissement du présent

Penser le contemporain, c’est en finir avec l’idée qu’il y a un objet à penser. Alors qu’il y a des réalités multiples à exposer."

J'ai posté dernièrement une carte mentale (n°3, extrait ci-dessus) spatialisant - à l'intérieur des trois axes depuis lesquels je veux parler de la notion de Déplacement dans la littérature contemporaine - mes lectures théoriques depuis cet automne. 
J'ai appelé cette carte : repères et outils herméneutiques car ces lectures posent des jalons à l'intérieur desquels inscrire ma réflexion.

=>L'importance du lieu géographique, avec Bertrand Westphal et la pensée géocritique.

=>La notion d'expérience, d'empirisme et l'approche matérialiste, avec John Dewey
=>L'inspiration contextuelle : le déplacement comme processus de création, avec Paul   
    Ardenne ; et le livre comme expérience du réel, avec David Ruffel
=>Le rapport de la marche à la création,  avec Thierry Davila.
=>Le transport, le véhicule, le médium, avec Régis Debray et la médiologie.

J'aimerais maintenant commencer à rédiger des sections distinctes, flottantes en quelque sorte, qui viendront trouver attache dans un plan plus tard, quitte à être remodelées pour s'y couler (mais je ne trouve pas pour l'instant le temps de m'y plonger, j'en reparlerai donc plus tard).


Je continue par ailleurs à lire pas mal de textes : Chauvier, Ruben, Rolin, Bégout, Roubaud... pour faire exister un ensemble dans lequel je déterminerai plus tard un corpus. J'ai des lenteurs de lectures liées au fait que je commence à écrire mon propre texte, et qu'il est difficile à cette étape de lire d'autres auteurs. J'avance donc avec circonspection. 


Puis j'aimerais faire de cette première année de thèse, une année d'ouverture. Quitte à filer de grandes longueurs, à m'éparpiller même, avant de resserrer quoi que ce soit. Il me semble que c'est un gage de découvertes et que, si je ne le fais pas, j'irai malgré moi me caler dans ce que je connais déjà plus ou moins.



En ce qui concerne la partie écriture littéraire, 
j'ai entrepris un projet qui prend pour cible un territoire choisi, et pour moteur (machine ? incitateur ?) un trajet géographique. Ce territoire et ce trajet ont pour but d'amorcer quelque chose, de provoquer un déplacement, une expérience, des rencontres. De confronter cette expérience à une écriture in situ. Ce trajet, appelons le voyage, a déjà commencé, en vertu du fait qu'un voyage commence à partir du moment où on l'imagine. L'écriture donc se penche déjà sur son motif, avance sans trop réfléchir, comme il me semble qu'il faille le faire. C'est pourquoi il n'est pas simple d'en parler. Le journal du déplacement à proprement parler, viendra s'insérer dans le récit entamé, en le déformant très certainement.

Les formes d'écriture que je veux activer dans ce récit sont l'articulation d'une forme poétique et d'une forme documentaire et une façon de dire le lieu, sur place, dans la relation à l'expérience vécue, à partir des notations, des captations.


Je voudrais poser ici, sans qu'il soit à considérer comme un quelconque modèle - loin s'en faut - une découverte venue résonner terriblement avec mes propres recherches. Au moment où je prépare mon voyage, je découvre celui de Mark Baumer et il me fascine. Je ne peux pas m'empêcher de plonger dans son récit, "I am the road", par un travail de traduction, lent et de longue haleine (terrible paradoxe avec ce que je dis dans le paragraphe précédent sur les autres lectures). C'est en ce moment une façon, ma façon (captivante) de me "mettre en route", c'est-à-dire, au travail. :-)





















2.06.2017

1.12.2017

Poésie au Six Elzévir
















Une invitation, par Philippe Aigrain et Mathilde Roux, à compléter le corpus Guillotin à l'occasion d'un micro-festival de poésie In situ - Incipit.

Mon texte, un "Blues de la Nation" tout en cou / en coupe / en  coulure / en coudée / en coup dur (...) est lisible sur le site Remue.net 

1.06.2017

rc/ Deux cartes heuristiques

Nous nous étions dit, il faudra faire un chapitre sur l'Amérique (les Etats-Unis d'Amérique). 
Son influence sur les récits de déplacement. En quoi c'est un motif récurrent, pratiqué, fantasmé, œuvrant jusqu'à aujourd'hui dans les imaginaires européens. Un dernier "nouveau monde". 
En quoi c'est un territoire qui se déploie autour de motifs géographiques, horizontaux, qui accorde une place prépondérante au paysage. Avec la possibilité d'une modernité qui a donné lieu à des libertés formelles : l'apparition - à travers une culture matérialiste - d'un art concret, "contextuel", plus inscrit dans l'espace social. 
J'en ai fait une carte, qui sera amenée à évoluer.

Puis j'ai posé dans une deuxième carte, les trois axes à l'intersection desquels je voudrais travailler sur les récits de déplacements (dont le corpus n'existe pas encore) : 1. Déplacement comme motif d'écriture / 2. Déplacement comme expérience d'une mobilité / 3. Déplacement comme processus de création.









1.03.2017

"Le temps taquine et sonne les gongs"

Time goes on, est le travail d'Aglaé Dancette, étudiante en Master d'Écriture Créative à l'université de Cergy-Pontoise. 
Elle a proposé ce texte-vidéo dans le cadre du cours "Enjeux du Numérique" - que j'anime avec Laura Gaulard-Querol - et a écrit à partir de mon propre texte-vidéo, "Dire paysage". 

C'est un beau travail d'accélération-décélération, questionnement sur le temps, le passage et les questions d'échelle. Je suis heureuse de le relayer sur le Carnet des Départs.

12.22.2016

69 travailler l'anamorphose


Travailler l'anamorphose : disperser les morceaux et puis écrire depuis le point où tout se recompose.

12.18.2016

rc/ Pour une littérature "contextuelle"





















Deux lectures passionnantes qui me permettent de placer le FAIRE au centre de ma question. 
Écrire implique des techniques, des mécanismes, des processus, propres et communs, des implications mentales et physiques. 
Aussi il me semble juste et naturel d'aborder la théorie et la critique par cet angle. 
Une philosophie de l'expérience, c'est que que propose John Dewey. Il définit l'expérience esthétique comme une expérience intense produite avec les matériaux du quotidien. L'œuvre est une matière informée par un processus, qui a son déroulement, non rectiligne, non linéaire, dans le temps. Lors de ce processus, qui associe à la fois action, réflexion et fabrication, l'auteur expérimente des facteurs de résistance, il doit affronter des conflits, nécessaires, pour construire une expérience cohérente sur le plan de la perception, et partageable dans une forme qui est l'objet artistique.
"C’est ce qu’il a préalablement fait qui permet à un artiste de savoir où il va", énonce John Dewey, plaçant sa réflexion du coté de cette recherche en acte, empirique, émotionnelle ("où l’organisme et l’environnement coopèrent"), "intuitionnée" ("ce quelque chose qui échappe, comme un monde au-delà du monde, et qui n’en est pas moins la réalité plus profonde du monde vécu, de nos expériences ordinaires."). 

En outre Dewey nous offre de sublimes définitions,
 « L’intuition est cette rencontre de l’ancien et du nouveau en laquelle le réajustement à l’œuvre dans toute espèce de prise de conscience s’opère instantanément sous forme d’une harmonisation rapide et intattendue qui, dans la lueur de sa soudaineté, agit comme l’éclair d’une révélation ; alors qu’il s’agit en fait de l’aboutissement d’une longue et lente incubation. »
« L’imagination désigne une qualité qui anime et pénètre toutes les phases de l’élaboration et de l’observation. Elle est une manière de voir et de sentir les choses en tant qu’elles constituent les parties intégrantes d’un tout. Elle est ce grand et généreux brassage d’intérêts situés à la frontière où l’esprit entre en contact avec le monde. Là où des choses anciennes et familières sont rajeunies dans l’expérience, là est l’imagination.
« L’intention est comme un fil qui court sous la séquence d’actes. Elle les convertit en une vraie série, en une ligne d’action avec un point de départ défini et un mouvement régulier jusqu’à un but. »


Cette lecture contribue à orienter ma question, du Déplacement-comme-sujet (ou thème), vers l'idée de Déplacement-comme-processus, ou mode opératoire de l'écriture elle-même. Ce qui ouvre de nouvelles fenêtres de lecture des récits de voyage et de ses beaux avatars, tous récits de déplacements, poétiques, expérimentaux, etc.

C'est bien l'auteur qui se déplace. 
J'ai écrit l'année dernière, dans le mémoire, au sujet de la posture d'inconfort. Cette position éprouvée ou recherchée, qui dans l'écriture se confronte au monde extérieur, à un "en-dehors". De se poser dans un rapport immédiat au lieu, à l'expérience que l'on en fait. Ainsi, Philippe Vasset arpentant les friches, a cette phrase, qui semble évoquer l'écriture : "Explorant mes terrains vagues, zones vouées à la pure potentialité, lieux de l'inconfort extrême où rien ni personne n'a de place assignée » ("Un Livre blanc").
Cette posture d'inconfort, Marianne Alphant l'a très bien saisie. Dans la très belle biographie de Claude Monet, "Monet, une vie dans le paysage" (que je cite depuis plusieurs années), elle montre les tentatives du peintre pour atteindre quoi, une adhérence ? entre la réalité et lui-même. Elle parle de la position de Monet, "pas un peintre en vérité, mais un chasseur", "à la fois dans les éléments, exposé à eux, et les dominant, sur une lisière étroite  tout est à la fois proche et lointain, difficile et possible".
Recherche d'immersion et désir d'expression. Cette posture d'inconfort a à voir avec la confrontation à l'altérité - elle participe à ce titre d'une écriture des voyages et des déplacements - comme avec une exigence éthique : corps et esprit ne peuvent pas/ne doivent pas s'alanguir. 
Cette posture d'inconfort, Claude Favre aussi m'en parle. Elle dit: écrire debout, parfois sur une jambe (jamais couchée, ni assise). Je pense : pour rester vigilante, aller à l'essentiel, au dur. Ci-dessous un extrait de ses "Déplacements", tiens, justement (paru dans la revue PLI 6).



C'est remettre le corps devant. 
Le corps devant.























Cette image toujours devant moi, sur le bureau, sous mes yeux, m'amène à évoquer le livre de Paul ARDENNE, "Un art Contextuel" où le corps de l'artiste est impliqué, mettant à nouveau en avant une approche phénoménologique
L'art contextuel est un art d'intervention, un art participatif,  investissant l'espace urbain ou le paysage. Un développement qui valorise le processus et tente de s’immerger dans "l’ordre des choses concrètes".
C'est la requalification d'une "mise en vue" classique, qui passe par l'effet de présence plutôt que par la représentation. 

Des artistes comme Richard LONG, Hamish FULTON, Gabriel OROZCO, Francis ALYS, le groupe STALKER ou même Simon STARLING m'intéressent particulièrement, en ce qu'ils utilisent leur corps comme véhicule, à travers la pratique de la marche, de la performance, ou comme ré-appropriation de l'espace, ou encore jouent de l'ultra-mobilité pour relier actions et évènements et créer des enchaînements de sens.

Il va de soi que la littérature renfermera toujours son propre espace, même si le texte a déjà débordé le livre - notamment par les espaces numériques : blog, site, écriture-avec-l'image, écriture-vidéo, récit-web... Cette "inscription mobile personnelle dans le réel" comme l'énonce François BON dans son article, "Qu'est ce que le web change à l'auteur ?".

Il est intéressant de penser "littérature contextuelle", à la manière de Paul ARDENNE. C'est à dire, une littérature qui aurait pour procédé l'arpentage, l'observation, la ponction... Qui chercherait des passages entre le texte et le réel, et inversement. Une écriture qui inclurait des déplacements, des rencontres, une prise en compte du corps social... "une dynamique du dehors qui rejaillit sur le caractère de l'œuvre"(Ardenne). Où il apparaît déjà que le regard porté a une dimension aussi géographique et politique que poétique, dans tous les cas transdisciplinaire (comme trans-gression de la discipline, débordement, déplacement).